La genèse de Tueurs d’anges

Initialement publié sur mon site personnel Onirography

Voici un (long) billet à propos de Tueurs d’anges et par extension, de TOWN

C’est parti pour un petit voyage dans le temps…

Au commencement, il y a…

2001, MC Solaar, grand poète de mon cœur, sort Solaar pleure et c’est un peu une révélation. J’ai passé mon enfance à kiffer Bouge de là et Caroline et cette espèce de tournant mystique dans Solaar pleure m’a beaucoup plu. Aujourd’hui encore, je connais la chanson par cœur (héhé, ouais) et j’aime toujours autant le clip.

En même temps, je suis avec assiduité la parution du manga Angel Sanctuary de Kaori Yuki, l’une de mes séries préférées. J’ai énormément d’admiration pour Yuki et pour cette énorme fresque angélique qui m’a appris non seulement à affiner mon trait (c’était l’époque où j’apprenais à dessiner, je le faisais avec des mangas), mais qui m’a aussi donné une leçon sur la création d’une histoire : tu fais ce que tu veux. Tu veux traiter des anges et des démons, et faire intervenir Dieu ? Fais-le. Tu veux changer le genre, l’apparence et l’incarnation de tes personnages ? Fais-le. Possiblement ma Première Règle, à suivre à toutes les étapes de l’écriture : just do it.

En même temps, j’étais en classe de première et dans mon lycée, nous avions un cours d’initiation à la philo. Deux heures par semaine avec un prof horrible qui traînait une réputation d’obsédé et qui nous parlait d’amour (c’était le thème). Le livre de référence de cette année-là, c’était Le Banquet de Platon. En fait, j’adorais ces deux heures parce que je passais mon temps à discuter avec les copains mais aussi parce que le livre traitait, via le discours d’Aristophane, de la créature androgyne, celle que Zeus a séparé en deux et qui passent leur vie à chercher de se retrouver. La même chose qu’Adam et Lilith… À l’époque, Lilith, c’était comme ça qu’on m’appelait (ouais, le nom du Chat qui avait peur des ombres ne vient pas de nulle part). Je m’étais donc passionnée pour Le Banquet pour cette raison. Pourtant, avec le temps, c’est bien la figure de l’androgyne séparé en deux qui est restée dans mes histoires ; la gémellité, les âmes sœurs séparées qui ne se retrouvent jamais… Le thème de Fêlures, et sans doute le thème de l’intégralité de mes histoires (qui sont toutes reliées, je le rappelle).

Bref, vous secouez tout ça, et vous avez un début d’histoire.

Anciennes versions écrites dans des cahiers & dossiers regroupant d’autres versions, ainsi que des notes et des chronologies + Le Banquet

Pour tout dire, je ne me souviens pas vraiment de ce que je voulais écrire à ce propos. Je l’ai planifié en long, en large et en travers, j’ai écrit des tas de fiches de personnages, des chronologies, tout ça, mais je ne l’ai jamais rédigé. J’avais un héros qui s’appelait Claude (j’aimais tellement MC Solaar que je lui ai donné son prénom) et qui se retrouvait embarqué malgré lui dans une guerre millénaire entre les anges et les démons. À la fin, si je me souviens bien, Claude finissait en Enfer et il trouvait cela tellement injuste qu’il en a éteint les feux, au point de dérégler la Création toute entière. Vous pouvez donc vous rendre compte à quel point tout ça a évolué.

Au fil des années, j’ai accumulé beaucoup de notes sur ce truc (j’avais réussi à mettre sur pied une assez impressionnante généalogie infernale)… Notes qui ont fini à la poubelle durant l’un de mes innombrables ménages par le vide. Hop, exit mes cahiers et mes feuilles volantes, mes notes, mes recherches, mes embryons d’histoires, mes fanfics (ouiiiii). J’ai tout jeté. J’espérais toujours écrire mon roman sur les anges mais je savais plus ou moins que je devrais reprendre tout à zéro, ce que j’ai fait bien plus tard.

2013, je me remets à écrire un peu plus sérieusement. Des nouvelles, surtout : je voulais développer l’univers du Prunellier qui devait, au départ, prendre la forme d’un livre illustré. Comme publier ce genre de livres était quasi impossible, je me suis rabattue sur la forme écrite pour lui donner vie. J’avais encore en tête ce roman avec les anges qui devait être le seul roman que j’écrirais (croyait-elle naïvement). Entre-temps, j’ai écrit Dissidenti, la forme embryonnaire d’Elisabeta (je vous en parlerai, si vous voulez !) et je me suis mise à Tueurs d’anges en 2014. Le titre, d’ailleurs, est venu par hasard parce que j’avoue avoir pas mal séché pour en trouver un.

Élias

J’avais un problème de taille quand je me suis attelée à remanier mon histoire : je devais changer le nom de Claude parce que je ne pouvais pas le garder. Mais comment renommer ce personnage sans le changer drastiquement ? J’avais tout le temps en tête le film Le Livre d’Eli, avec Denzel Washington (et ses formidables décors post-apocalyptiques, tellement proches de ceux de Tueurs d’anges), mais je ne voulais pas d’un personnage qui serait un Eli bis, surtout qu’il avait pas mal évolué et était devenu entre-temps un clairvoyant.

Le Livre d’Eli

Les clairvoyants
Ce que j’appelle clairvoyant, dans mes livres, ce sont des sorciers possédant tous les dons ésotériques ou presque : ils voient le passé et l’avenir, entendent des voix, voient des esprits (humains ou pas), etc. Ce sont donc des gens très puissants, très rares aussi. Je vous laisserai découvrir ça dans Tueurs d’anges !

J’aime énormément les personnages de clairvoyants dans la fiction, on peut dire qu’il s’agit de ma classe favorite. Il y en a trois que j’aime particulièrement : Ghost dans le roman Âmes perdues de Poppy Z. Brite (l’un de mes romans préférés), Danny dans Shining, et encore plus dans la suite, Dr Sleep, de Stephen King, et la version cinématographique de John Constantine, interprété par Keanu Reeves (je ne connais pas du tout les comics et j’aime beaucoup le film, vous voilà prévenu.e.s). Ces trois-là sont des ‘collègues’ d’Élias et d’Oxyde.

Chercher un nom, donc. Et en même temps, envoyer péter l’image que j’avais de ce personnage, très proche de Solaar. Rien à voir avec le guerrier mystique du Livre d’Eli. L’aspect visuel est très important pour moi, surtout quand je bâtis une histoire, quand je la conçois et la planifie : si je ne ‘vois’ pas mes personnages, j’ai du mal à faire connaissance avec eux. Je devais ‘voir’ mon héros pour raconter son histoire.

Djimon Hounsou

La révélation m’est venue à la fois pour son apparence et pour son nom : il s’appellerait Élias, du nom du mafieux de Person of Interest, un personnage que j’aime beaucoup. Et physiquement, il ressemblerait quelque peu à Djimon Hounsou. Ce qui m’a permis de piger le ‘contexte’ de mon personnage, son histoire et ses origines, pour rester cohérente (l’aspect le plus important dans une histoire, la cohérence) : Élias est béninois et tire une partie de sa magie de ses ancêtres. Le reste… Vous verrez ! Je n’ai pas oublié pour autant ce que ce personnage était avant son changement de nom : directement inspiré de cette scène dingue dans le clip de Solaar pleure (celle du musée), j’en ai fait un historien d’art capable de parler aux œuvres qu’il croise. Vous pourrez lire la scène en question dans Passeurs.

Après ça, je me suis mise à écrire, d’abord sur papier, dans des cahiers à petits carreaux (toujours !), puis sur ordinateur. Depuis 2014, je pense que je suis arrivée à la 5 ou 6e version du livre, ajoutant et retirant des personnages, changeant certains événements. Il a fallu aussi bousculer sa chronologie et ajouter le personnage d’Oxyde qui s’y est mêlé tout seul, comme un grand, quelque part en 2016. C’est d’ailleurs là que j’ai décidé d’écrire une préquelle (Oracles), envoyant voler ma résolution de n’écrire qu’un seul roman, et peu de temps après de rajouter une suite (Passeurs). Il faut croire qu’Élias a encore beaucoup de choses à dire.

Dans un prochain billet, je vous parlerai d’Oxyde, de son pote Verne et de comment celui qui m’a fait mon dernier tatouage a littéralement initié Oracles. Stay tuned !

Photo d’illustration : Le Livre d’Eli

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